Je me rappelle m'avoir fait dire qu'en aucun cas j'en étais un, artiste. Et j'ai senti alors que la personne qui m'avait dit ça s'attribuait des lettres de noblesse dont semble-t-il je devais me passer. Et je crois qu'à ce moment-là l'embryon d'artiste a ravalé sa langue.
C'est quand même cinglé l'effet parfois dévastateur qu'une simple phrase dite de manière nonchalante peut faire.
Et c'est surtout libérateur de se la rappeler, bien cachée au fond.

2 commentaires:
Hmm. Bon... Je pense que le problème d'attribution de qualificatifs ou de rôles (dans la société) se construit comme ceci: Les limites du vocabulaire (et aussi les limites de nos conceptions de ce qu'on appelle l'art.) et le jugement de l'humain qui fait des associations de valeurs entre de telles abstractions qui sont, sommes toutes, très relatives. Un plombier peut être vu comme un artiste s'il aime ce qu'il fait et s'il s'applique à bien faire ce qu'il fait. Faire quelque chose et «l'amener à un autre niveau»; on en dit qu'on en fait de l'artm dans le langage courant. C'est comme une considération de qualité en soi, soit par 1- la capacité du geste ou du résultat à transcender le commun et le banal, ou 2- il s'agit d'une qualité de présence à ce qu'on fait, même si ce n'est pas un «objet d'art» ou quelque chose qui touche à nos facultés sensibles ou appréciatives. En ce sens, tu peux être une artiste en ne faisant rien d'autre qu'être, parce que la qualité de ta présence dépasse le commun et le banal. Je pense que de se faire dire autrement par quelqu'un est une jalousie déguisée en attaque psychique. Malheureusement, elle semble avoir atteint son objectif. Les conceptions qu'on se fait de ce qu'est l'art peuvent différer, mais, en aucun cas, elles ne doivent servir à projeter sur les autres nos complexes. Ne crois plus en ce mensonge, Annie.
Je crois que nous sommes comme les autres espèces animales, tous et toutes à la recherche de notre place parmis les autres et dans différents ensembles, différentes organisations et structures sociales, que ce soit via des différences identitaires (race, âge, orientation sexuelle, conditionnements divers, etc) ou via nos facultés d'abstraction qui nous lient ou nous isolent des autres. Les hommes de cromagnon ont été les premiers à développer des formes d'expression artistiques (contrairement aux hommes de néanderthal, plus primitifs) et ça fait partie intégrante de nos racines dans le besoin d'expression et de communication. ....Et ceux qui disent que l'art ne sert à rien n'ont pas compris qu'il ne suffit pas de comprendre!
Pour la partie où tu te questionnes s'il est nécessaire de souffrir pour produire, je dirais que c'est davantage une question d'équilibre. C'est de l'ordre de la nécessité. Luc Plamondon a dit un jour: nous ne sommes pas artistes par suffisance, mais bien parce qu'il y a eu une carence à quelque part. Je pense que c'est vrai, mais ce n'est que le début du voyage de l'être artistique. Nous sommes tous des êtres pourvus de capacités créatrices, mais la responsabilité des gens sensibles qui poursuivent l'appel (...) (...responsabilité envers eux-mêmes, à primes abords) est de s'auto-réguler dans l'expression et le partage de ce qui peut se développer en autre chose qu'un simple hobby. La complaisance, l'ennui/le passe-temps, ne sont pas les mêmes moteurs que la passion, le dévouement, la présence et l'écoute, le talent.
En somme, être ou ne pas être un artiste... Je crois que nous ne sommes pas qu'une seule chose, alors c'est une question de dosage (de la place que ça prend dans ta vie) et de nécessité, encore là. Si tu ressens un appel, l'important, c'est que tu l'assumes et que tu ne te compares pas aux autres qui ont fait d'autres choix, et donné une place différente à cette merveilleuse partie de l'être humain dans leur vie.
Tu es merveilleux de m'écrire ainsi de si belles choses. Merci beaucoup. Je garde tout ça en tête, car ça m'a parlé droit au coeur. Merci encore.
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